Je me souviens d'un temps que l'on nomme l'enfance
Temps béni temps bercé de tendre insouciance
Je me souviens trop mal de ce temps regretté
Comme si je n'avais pas eu conscience d'exister
Je me souviens l'école et le conservatoire
Travailler sa musique et faire ses devoirs
Je me souviens encore je rêvais d'émailler
De fautes d'orthographe mes parfaites dictées
Je me souviens des jeux à la récréation
Chat perché élastique en tous sens nous courions
Je me souviens aussi des vacances en famille
Rieuse toujours contente joyeuse petite fille
Tendre et flou souvenir d'une enfance bienheureuse
Réminiscences trop vagues d'une époque délicieuse
Je me souviens j'aimais tellement mes parents
Jamais de graves conflits de désaccords flagrants
Je me souviens j'ai eu l'adolescence tranquille
Pas vraiment de problèmes la vie semblait facile
Je me souviens j'étais amoureuse à mourir
D'un garçon qui jamais dans mes yeux ne sut lire
Je me souviens qu'alors je savais encore rire
De rien ou bien de tout du meilleur comme du pire
Je me souviens l'angoisse la peur des examens
Il me fallait briller réussir avoir vingt
Je me souviens des larmes versées ce jour-là
Pour une mention ratée au baccalauréat
Je me souviens d'un jour de sinistre mémoire
Qu'un mince filet de sang tacha de désespoir
Je me souviens j'aimais j'aime toujours voyager
Difficile de partir tout autant de rentrer
Je me souviens du jour où mon grand-père partit
Je ne l'ai pas revu je ne lui ai pas dit
Que je me souvenais que je me souviendrais
Qu'il serait dans mon c½ur et ma vie à jamais
Je ne me souviens plus comment j'ai commencé
Ni comment ce régime a tout fait basculer
Je ne me souviens plus ni pourquoi ni comment
Je me suis enfermée dans cet enfer charmant
Je me souviens peut-être une ou deux restrictions
Et puis c'est l'engrenage – faire sans cesse attention
Je me souviens très bien fierté de la victoire
Douce ivresse du jeûne toute-puissance illusoire
Je me souviens très bien mon seul désir alors
Était de maîtriser ce détestable corps
Je me souviens trop bien la haine d'être soi
La violente répulsion qui submerge parfois
Je me souviens avoir eu envie de mourir
La vie était trop triste dénuée de tout plaisir
Je me souviens très bien la menace fatale
L'épée de Damoclès – les trois mois d'hôpital
Je me souviens j'ai dû regagner ces kilos
À contrecoeur remettre de la peau sur mes os
Je me souviens j'étais fière d'être anorexique
Paradoxal orgueil d'une tragédie magique
Je me souviens j'étais - je suis toujours d'ailleurs
Jalouse de ces filles si légères qu'elles font peur
Je me souviens la peur d'être inintéressante
L'angoisse d'être normale d'être trop transparente
Je me souviens mortelle obsession du paraître
Pourtant j'en suis consciente l'apparence n'est pas l'être
Je me souviens c'était rassurant presque doux
De sentir les regards s'apitoyer sur vous
Je me souviens la triste éternelle solitude
On prétend qu'on préfère que l'on a l'habitude
Je me souviens mes rêves d'absolue perfection
Croire en l'inaccessible suprême déraison
Je me souviens il est si dur de renoncer
Au cocon dans lequel on s'était réfugiée
Je me souviens il est difficile de guérir
Accepter d'être adulte construire son avenir
Je me souviens c'est une lutte de chaque instant
Pour se dire jamais plus je ne serai enfant
Je me souviens aussi que j'ai droit au bonheur
Et que peut-être un jour j'écouterai mon c½ur
Je me souviens j'ai eu vraiment beaucoup de chance
De croiser des personnes en qui j'ai toute confiance
Je me souviens elles m'ont encouragée souri
Elles ont su me montrer le chemin de la Vie
Je me souviens elles m'ont réappris à aimer
Rendu mes espérances et le goût de rêver
Je me souviens il faut apprendre à se connaître
Pour pouvoir de ses cendres un jour enfin renaître
Je me souviens il faut que jamais je n'oublie
Il est parfois si simple d'apprécier la Vie
Je me souviens aussi parfois un rien suffit
Pour que la Vie soit belle et qu'elle vous sourie